Les Lumières ont-elles eu l’intuition de l’inconscient ? La question audacieuse, volontiers et en apparence anachronique, touche à la manière dont on a tenté de penser et de représenter, au XVIIIe siècle, cette « faculté indépendante de nous » et « de la réflexion », les « ressorts invisibles » de l’être, de ses désirs, du fil de ses pensées et de ses sentiments. Elle prend son départ dans l’épistémè qui s’ouvre, à partir de L’âme des Lumières (Ann Thomson), sur une autre scène qui « tourne le dos », comme le dira Michel Foucault dans Les mots et les choses, au positivisme dans lequel s’envisage la « psychologie » entendue comme « science de l’âme » et bientôt science de l’homme
(Fernando Vidal). De Malebranche à Leibniz, on voit se construire différents modes d’interrogation de ces « ressorts invisibles », de l’inscription hypothétique de traces, de la rémanence des perceptions insensibles, de tout ce qui, comme l’écrira Diderot dans ses Eléments de physiologie, « existe en nous à notre insu ». La question doit permettre d’envisager une sorte de conceptualisation imaginaire de ce fond plus ou moins obscur, ou fait de clartés enfouies, ou inavouées, qui trouveront dans l’invention freudienne, au siècle suivant, un éclairage décisif de ce qui se dérobe, enjambe la représentation, déborde le discours du savoir, met au jour les conflits chargés de normes et de lois. Elle fait prendre un nouveau départ à « l’anatomie de l’âme » étudiée par Mino Bergamo en se tenant au plus près de cette fonction critique et de cette imagination théorique assumées notamment par la physiologie et l’anthropologie qui entrainent un perpétuel principe d’inquiétude, de mise en question, de contestation dans les discours de la littérature, des arts, des sciences, de la philosophie. On s’attachera moins à considérer la psychanalyse comme paradigme clinique pour l’interprétation des auteurs et artistes que comme paradigme critique pour l’interprétation des œuvres, sans que la référence ou l’inspiration psychanalytique serve de cadre doctrinaire. L’étude magistrale de J. Starobinski sur Rousseau (1957), peut servir de référence à cet égard.

Date du colloque : les 22 mai et 27 septembre 2024 à la maison de la recherche, Lille.


Les propositions de communication (entre 2000 et 3000 signes) comportant le titre provisoire, la problématique et le corpus envisagé sont à envoyer aux organisateurs, aux deux adresses suivantes, avant le 31 mars 2024, pour le premier appel, et à partir du 1 er mai jusqu’au 31 juillet 2024 pour le second appel :

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